HANABUSA Yôko: rencontre d’une mangaka éternellement Shôjo

Crédit de la photo: Karim TALBI, directeur éditorial d’ISAN MANGA.

 

Sur le Stand d’ISAN MANGA à la Japan Expo Sud, on pouvait trouver en avant-première les tomes 5 et 6 de Gwendoline, derniers volumes d’une série de Yôko HANABUSA (en 12 tomes initialement au Japon, débuté en 1987 et terminé en 1993 chez l’éditeur HITOMI). L’histoire est celle d’une fillette qui découvre la haute société anglaise, ses coutumes, suite au décès de sa mère; sous la tutelle de son père, elle devra désormais devenir une héritière digne de son rang de noble… Ainsi commence Lady !! (titre original japonais), mais aujourd’hui, nous allons nous intéresser à l’artiste qui se cache derrière cette pierre angulaire du shôjo moderne.

 

Romain: Pourriez-vous vous présenter auprès des lecteurs ?

YH: Bonjour tout le monde, Je m’appelle HANABUSA Yôko. J’ai commencé ma carrière de mangaka en décembre 1978 et cela fait 40 ans que j’exerce ce métier. J’ai tout de suite débuté en parution mensuelle et mon premier manga sorti en volume relié a été Premier Muguet en 1980 (プルミエ・ミュゲ). Dès le départ, j’avais une affinité avec l’occident puisque l’histoire de ce manga se déroulait en France. J’avais aussi un fort attrait pour les histoires de princesses et lors de mon enfance, le Japon s’est ouvert au monde et a commencé à diffuser des films étrangers (américains, anglais…) qui dévoilaient cette culture.

 

LADY!! © 1987 Yoko Hanabusa

R: Vous avez commencé à dessiner très tôt; quelles sont les oeuvres qui vous ont influencé ?

YH: Ayant commencé à dessiner à l’âge de 3 ans, je n’en conserve que peu de souvenirs, mais mes parents disaient que c’était survenu soudainement. Un jour, j’ai pris un crayon et une feuille et je m’y suis simplement mise… Ce n’est que plus tard que j’ai commencé à m’intéresser aux manga, à l’école primaire. Il y avait une vraie émulsion du shôjo manga: on trouvait de la science-fiction, de la fantaisie, de l’horreur… (note d’Otakritik: l’âge d’or du shôjo est situé dans les années 70, avec des auteurs comme Hagio Moto).

Le premier manga que j’ai tenté d’imiter était Obake no Q-tarō (Fujiko Fujio, 1964: l’histoire d’un fantôme pataud qui se lie d’amitié à un petit garçon) en terme de dessin et c’était un Kodomo ! Il y avait aussi l’anime de Wonder 3ワ(ンダー3 Wandā Surī/Mushi Production/1965) qui m’a plu, où trois extra-terrestres devaient déterminer si la terre devait être éradiquée ou non (le manga est d’ Osamu Tezuka).

Quand j’étais jeune, je ne dessinais pas que du shôjo vous voyez (rires) ! J’ai imité plusieurs artistes jusqu’à trouver mon propre style. A l’époque du lycée j’ai été influencé par Sumika YAMAMOTO et son oeuvre sur le tennis (エースをねらえ!Ēsu o Nerae!/ 1973)et Ryôko Ikeda avec Berusaiyu no bara (La rose de Versailles/ 1972). D’autres dessinateurs m’ont inspiré, et c’est en étudiant et en imitant tous ces mangas que j’ai finalement trouvé ma voie.

 

 

R: Comment avez-vous vécu la grande popularité de « Lady Lady!! » ?

YH: Dans un sens, je ne peux pas dire avoir été vraiment étonné. En effet, mes collègues mangakas faisaient des histoires avec des écolières, se déroulant pour la plupart au Japon avec un ton souvent très léger. J’ai opté pour une tendance un différente: une approche plus « réaliste » de la vie, avec des hauts mais aussi des bas. En exportant l’action en Angleterre, je pense avoir ajouter un autre attrait à ma série.

 

R: Que pensez-vous des shôjos actuels, qui ont tendance à ancrer leur action au Japon ? 

LADY!! © 1987 Yoko Hanabusa

YH: Je crois qu’il s’agit d’une question de contexte. A mon époque, le Japon n’était commençait à peine à s’ouvrir au monde. Les histoires se déroulant à l’étranger nous faisaient tout de suite rêver. Nous étions dans la découverte constante, c’était une vision fantasmée de « l’extérieur ». Désormais, le pays s’ouvre de plus en plus  et les nouvelles technologies diffusent énormément d’informations sur ce qu’il se passe outremer. A mon sens, c’est la raison pour laquelle les shôjos manga ancrent désormais leur déroulement au Japon: il suffit d’un clic pour être au courant de tout.

 

R: En tant que professeur adjoint ayant officiée à l’université de la création de la Toeï Animation, qu’est-ce qui fait selon vous un bon manga ?

YH: si j’étais capable de vous répondre, je serai une sorte de génie tout droit sorti de la lampe (rires) ! Quand on est animé par la passion, on parvient à rendre l’ensemble de son travail homogène (mise en scène, dessin, histoire) et compréhensible en terme d’intention auprès du lecteur. Si l’on y parvient, c’est que l’alchimie est parfaite dans votre manga: cela le rendra forcément bon, mais ce n’est bien sûr que mon avis.

 

R: Votre carrière est éclectique: vous avez visité différents genres ( la romance, le fantastique, le thriller), quel est votre favori ?

YH: lorsque je travaille sur un projet, quel que soit son genre, je m’y investi vraiment à fond et me sens très à l’aise que ce soit avec le thème ou le sujet abordé. Mais puisque vous me demandez d’en choisir un, je dirais que celui où j’excelle, ce sont les mangas de type shôjos, plus spécialement ceux s’adressant aux petites filles (Gwendoline, Time Princess).

 

R: Pensez-vous que le fait d’avoir lu enfant les manga féeriques ou de princesses de l’âge d’or du shôjo vous a fait « préférer » ce style de manga ?

YH: Avant d’être publié dans une revue visant un public Shôjo (Akita Shôten), j’avais aussi fais des histoires de Joseï visant un public plus adulte. A mes débuts professionnelles j’avais 23 ans et cela ne s’est pas fait, j’ai donc été débuté par le shôjo.

 

R: Que penseriez-vous d’une nouvelle adaptation animée de « Lady Lady !! », totalement en CGI ?

YH: (rires) Je dois vous avouer que je ne m’attendais pas du tout à cette question ! J’en serai ravie et j’accepterai avec grand plaisir. Si Lady Lady peut être adapté sur plusieurs médias différents, je trouverai toujours cela formidable.

Photo du kit presse Japan Expo Sud; Yôko HANABUSA

R: Les fans Français sont ils différents de vos fans Japonais ?

YH: mes fans sont tous les mêmes dans le monde entier ! Ils se souviennent tous de Gwendoline, avec le même enthousiasme et engouement lorsqu’ils m’en parlent.

R: Pourriez-vous adresser un petit mot aux fans qui n’ont pas pu venir vous voir à la Japan Expo Sud ?

YH: j’aimerais vous dire que je suis navré que vous n’ayez pas pu venir me voir; mais lorsque je reviendrai en France, j’espère que j’aurai le plaisir de vous rencontrer ! Et même si nous n’avons pas pu nous voir, le simple fait de lire et apprécier mes oeuvres crée un lien entre vous et moi.

Nous vous remercions pour votre temps et vos réponses !

 

Remerciements à monsieur Yves Badillet pour sa traduction, Karim TABIL pour sa présence et à Nabil Dieng pour la mise en place de cette interview; merci aussi à l’équipe de la Japan Expo Sud 9ème Vague.

 

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