Dragon Ball Super: bilan d’une « suite » en demi-teinte

Définitivement ou non, nous allons devoir dire une nouvelle fois au revoir à Gokû et ses amis en fin mars 2018 prochain. Après 131 épisodes de bons et loyaux services depuis son retour en 2015, c’est au tour de Dragon Ball Super d’aller prendre un repos bien mérité. Retour sur cette suite qui, quoi qu’on puisse en penser, n’aura laissé personne indifférent.

Un staff en demi-teinte, une production difficile

 

Avoir choisi Chioka Kimitoshi (Smile Precure, Digimon Frontier) comme directeur de l’animation de Dragon Ball Super n’a pas forcément été le meilleur choix de la Toeï pour rassurer les fans de la licence; avec à son actif des productions très éloignées que ce soit en terme de genre ou de style, je me suis souvent demandé pourquoi le choix s’était porté sur lui (surtout qu’il n’a pas non plus une grande expérience de réalisateur).

Le staff de l’anime conservera pourtant de grands acteurs qui ont construit la légende de Dragon Ball et Dragon Ball Z comme Naoki Tate (animateur clé à l’époque sur plusieurs films DBZ et sur l’anime) ou encore Nakatsuru Katsuyoshi (idem). Ils sont d’ailleurs pour la plupart (car je ne cite pas tous les anciens animateurs) à l’origine des meilleures séquences de DBS, ce qui sauvera les meubles des deux premiers arcs, qui sont les plus en dent de scie qualitativement.

 

© Bird Studio/Shueisha, Toei Animation

Car si il y a une chose que DBS a mis en lumière, c’est la difficulté financière et organisationnelle que rencontre un studio pourtant renommé comme la Toeï. Avec toutes ses productions en cours, le manque de moyen s’est souvent fait sentir (on se souvient tous du terrible épisode 5, Kaiōkai no kessen! Gokū tai Hakaishin Birusu). Le recrutement de dessinateurs débutants/ de passage, mal payés et dont on exige un rythme démentiel a fait souffrir cet anime populaire. Et là, je n’évoque même pas la sous-traitance à l’étranger.

Les fans ont été désappointés: comment ne pas s’attendre à mieux quand on voit encore aujourd’hui comme Dragon Ball se porte bien sur le marché même sans Dragon Ball Super ! Les derniers films cartonnaient au box office (Battl of Gods et Ressurection of Frieza), les goodies sont omniprésents (cartes, figurines) et idem pour les jeux vidéos qui ne cessent de fleurir chaque année.
C’est dans ce contexte que sera diffusé DBS, qui sera souvent jalonné à tort comme à raison, d’être une pure trahison envers ses prédécesseurs. Et pourtant… les audiences resteront globalement stables et feront toujours parti du top 10 dans ses heures de diffusion. Peut-être que DBS, ce n’était pas si mauvais que cela après tout…

Battle of Gods (épisodes 1 à 14) et Dragon Ball Z: Resurrection ‘F’ (épsiodes 16 à 27)

 

© Bird Studio/Shueisha, Toei Animation

Pour sa reprise, DBS n’a pris aucun risque et s’est contenté d’adapter les films BOFG (2013) et ROF (2015). Si on peut encore une fois s’interroger sur ce choix compte tenu de la sortie récente des films, on peut aussi y voir une volonté de s’adresser à un public qui n’a pas forcément vu les longs métrages. Il s’agit des arcs les moins bien réalisés, sur lesquels les défauts sont horriblement visibles.
BOG introduit le personnage de Beerus, le dieu de la destruction. On apprend donc que son but est de détruire les planètes « superflus » de son univers. Il est accompagné d’un ange, Whis, qui l’aide dans ses actions tel un bon majordome. L’arc est aussi l’occasion d’introduire une nouvelle transformation pour Gokû, le super sayan God, qui sera bien entendu suivi d’une forme plus évoluée dans ROF avec le SS Blue.

L’arrivée de Beerus réévalue les niveaux de puissance des personnages, puisque même avec le Super Sayen Blue, le niveau de Beerus est bien au-delà de celu de Gokû et Vegeta; plus effrayant encore, Whis, surpasse lui-même Beerus, nouvel objectif à atteindre pour Gokû… les deux rivaux se retrouvent de nouveau avec un statut de disciple, ce qui renoue avec les premiers arcs de Dragon Ball tout en offrant de nouvelles perspectives à nos héros que l’on croyait au sommet de leur puissance.

© Bird Studio/Shueisha, Toei Animation

Si les transformations et les nouveaux protagonistes ne font pas un bon arc, on ne peut nier qu’ils étendent considérablement la mythologie de Dragon Ball. ROF est même l’occasion de remettre sur le devant de la scène Kame Sennin, Piccolo, Ten Shin Han; d’exploiter les capacités d’un Freezer entraîné, ect ect…

On regrettera comme indiqué plus haut des dessins souvent catastrophiques, mais aussi des musiques moins intenses que l’on doit à Sumitomo Norihito (DB Kaï, film BOG et ROF). Les thèmes réalisés par orchestre de l’époque DBZ resteront toujours un cran au-dessus, même si le nouveau compositeur ne démérite pas. A noter que quelques épisodes sont très réussis, par exemple ceux du combat opposant Gokû dans sa forme « god » dans le premier arc (épisode 12 à 14), et la deuxième partie de l’épisode ou Vegeta affronte Golden Freezer (épisode 27).

Dieu de la destruction, Champa (épisodes 28 à 46)

 

Premier arc inédit, l’histoire est ici totalement absurde et prétexte à un tournoi ! Beerus a un frère, Champa, qui est lui aussi un dieu de la destruction… celui de l’univers 6. On apprend donc qu’il existe au total 12 univers, dont 6 sont jumeaux: avec les mêmes habitants, la même civilisation; mais une histoire et des personnages pourtant différents.

Champa convoite la terre de Beerus, qui n’existe plus dans son univers, car ce dernier lui fait goûter les délicieux plats qui en proviennent. Ils décident dont de déterminer qui en aura la possession via un tournoi opposant les combattants de leurs univers.

 

© Bird Studio/Shueisha, Toei Animation

S’ensuit donc l’introduction de protagonistes plus ou moins marquants, les plus interessants étant Frost (l’équivalent « positif » de freezer), Cabbe (un sayajin qui protège l’univers, comme ses compatriotes) et Hit (un assassin maîtrisant une technique lié au temps). Et on découvre enfin d’où provient le « Super » de ce nouveau pan de l’histoire de Dagon Ball.

Beaucoup d’humour dans les combats, de nouveaux personnages sympathiques et un univers qui prend réellement de l’ampleur avec la révélation concernant les autres univers, un power up démentiel de Gokû et Vegeta… Ajouté à cela une qualité grandissante dans l’animation: cette fois-ci, une volonté de mieux faire commence à se dessiner et ce n’est pas pour déplaire, même si tout n’est pas encore parfait et qu’on reste loin du sérieux des précédentes sagas.

Trunks Du futur (épisodes 47 à 76)

 

Alors que les audiences de la série sont stables (le premier arc enregistre 5 à 7% d’audience, le second 4 à 6%, le troisième 5 à 7%), l’arc Trunks du Futur va légèrement les augmenter, atteignant même les 8% avec son premier épisode. Le retour de Miraï Trunks, personnage très apprécié des fans, a énormément joué, mais les scénaristes ont su faire plusieurs bonnes trouvailles.

© Bird Studio/Shueisha, Toei Animation

Le mystère autour de Black Gokû a engendré moultes discussions sur internet: qui était-il ? Un Gokû devenu maléfique ? Goten ayant mal tourné, ou possédé ? On a pu lire de tout et surtout, du n’importe quoi. L’autre atout était bien entendu Zamasu, Kaïoshin consterné par les formes de vie civilisées, qui finissaient toujours par s’entretuer.

Son but ? Mettre un terme à la destruction qu’engendre les êtres vivants; un antagoniste aux motivations claire et dont la psychologie était fort intéressante, puisqu’on le voyait basculer de la lumière aux ténèbres. Pour ne rien gâcher, l’animation était monté d’un cran qualitativement. Même si quelques passages piquaient les yeux, il faut reconnaître que cette partie a été une réussite générale.

Un Gokû plus mature, le retour de personnages charismatiques, des antagonistes de qualité et une animation qui était plus que correcte: DBS tenait enfin le bon bout. Cet arc a su contenter des rêves de fans, tout en les justifiant de façon parfaite. Là, on ne peut qu’applaudir.

 

Survie de l’univers ( épisodes 77 à 131)

 

L’arc en cours est aussi le plus long de la série: 54 épisodes le composeront. Gokû, ne se doutant pas des conséquences désastreuses de ses actes, avait suggéré à Zeno la tenue d’un tournoi interunivers, ce à quoi les désormais deux Zenos répondent à la favorable. Cependant, ce que Gokû imagine être une simple exhibition entre les meilleurs guerriers de chaque dimension devient une lutte pour la survie de chacun.

Chaque univers est tenu d’avoir un certain niveau, plusieurs critères étant pris en compte: les conditions de vie des habitants, le développement des civilisations, ect ect… Zeno décide donc que les plus mauvais univers devront s’opposer dix de leurs meilleurs combattants et si ils se font tous éliminer lors du tournoi ( par disqualification en cas de mort, d’éjection du ring) ils seront tout simplement annihiler par Zeno lui-même.

Quatre univers sont épargnés (1 – 5 – 8 – 12) et huit doivent se départager pour qu’il n’en reste qu’un. Gokû et ses amis font évidemment parti de ces univers en déça, ce qui le contraint à trouver les dix meilleurs représentants de l’univers 7: Kame Sennin, Kuririn, Ten Shin Han, Piccolo, Gohan, Vegeta, Freezer, C-17 et C-18 sont rapidement choisis.

 

© Bird Studio/Shueisha, Toei Animation

Evidemment, l’univers 7 est tenu pour responsable de leur possible élimination, mais Gokû semble peu affecté et même ravi d’être là… Il s’agit sûrement du gros proint faible de toute la saga de DBS, c’est la présence de ce Gokû qui semble avoir régressé en intelligence comme en maturité.

Côté spectacle, nous sommes en revanche servi, que ce soit fait de façon violente (C-17, Freezer, Gokû…) ou plus tactique (Kame Sennin, Kuririn, Ten Shin Han) et l’animation est ici de très bonne facture; quelques plans mal dessinés restent présents et la réutilisation de séquence arrive cependant régulièrement (directement tiré de l’opening ou bien d’épisodes précédents).

De plus, c’est la première fois que l’on assiste à une battle royal (si on exclut le film non-canon des Mercenaires de l’espace), certes sans présence de sang. Cela donne donc lieu à des team up intéressants (Freezer qui s’allie à Gohan, C-17 et C-18 qui se retrouvent, Gohan et Piccolo…). Enfin, Vegeta et Gokû atteignent encore une forme un peu plus évolué dans ce tournoi.

Cet arc aurait donc gagné à mettre son héros au devant de ses erreurs, mais préfère nous en mettre plein la vue. On est à la fois admiratif et dubitatif, mais cela ne se refuse pas, cela reste du Dragon Ball et nous ne pouvons que regarder notre petit épisode hebdomadaire en nous questionnant: pourquoi avoir choisi le spectacle à 100%, là où un Gokû devant faire son repentir (parce que son attitude générale dans DBS le mérite) aurait pu être une démarche intéressante ?

Finalement: Que faut-il penser de Dragon Ball Super ?

 

Il aura fallu attendre 27 épisodes avant que DBS ne commence à nous révéler une histoire vraiment inédite, épisodes qui sont pour la plupart dotés d’une direction artistique laborieuse et d’une animation médiocre. Heureusement, on constate une nette amélioration et ce dès le troisième arc.

L’absence de sang ainsi que la régression de Gokû sont d’autres points faibles récurrents de la série. Etant diffusé aux côtés d’animes comme Pokemon, il a fallu faire des concessions énormes concernant la violence de la série. De plus, l’héroïsme et la maturité de Gokû ont été troqués pour laisser place à un personnage moins adulte, gaffeur et avide de se surpasser quel qu’en soient les conséquences.

 

© Bird Studio/Shueisha, Toei Animation

 

L’arcs Trunks du Futur renoue justement pendant un temps avec le sérieux de la saga Z, avec l’un des meilleurs méchants de toute l’histoire de Dragon Ball, qui bascule du bien vers le mal. Beaucoup d’éléments ont été apportés pendant cet arc et le suivant afin de faire plaisir aux fans et ceux, de façon logique et cohérente: Gohan plus fort qu’en version ultime, le SSJ Légendaire, Vegeto Blue, le battle royal final, Black Gokû, le retour de Trunks…

DBS peu pourtant se révéler totalement épique par moment; pour ceux qui souhaiteraient donc retrouver une version améliorée de l’anime, il faudra se tourner vers le manga de Toyotaro. Même si ce dernier court après l’adaptation animée, ses choix artistiques et scénaristiques rendent à la fois hommage au manga d’origine, tout en y insufflant d’excellentes idée et trouvailles.

DBS est un petit plaisir coupable, qui fourmille de défauts, c’est certain. Il étend cependant agréablement la mythologie de la série, tout en la trahissant parfois à cause de ses maladresses tant scénaristiques que graphiques. En atteignant parfois le fond du fond comme le meilleur, on ne sait plus si la série foncièrement bonne ou mauvaise; en tout cas, chaque dimanche, il est indéniable que nous la regardons presque tous. N y a t’il que de la nostalgie derrière tout cela ? Seul le recul avec les années nous permettra de répondre à cette question. En attendant, il ne nous reste qu’à patiemment attendre le grand final en mars prochain. 

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