The Promised Neverland : l’île aux enfants où ce n’est pas le paradis

 

[ATTENTION : LISEZ LE PREMIER CHAPITRE DE LA SÉRIE AVANT DE LIRE CET ARTICLE]  Il y a deux ans, j’avais décidé de ne rédiger de critique sur une œuvre qu’à une seule condition : en avoir vu la totalité. Comprenez par là : le manga, les spin-off, l’anime, les OAV, ect… Cette imposition me permettait de fournir une critique la plus complète possible, mais The Promised Neverland m’a tellement subjugué que j’ai décidé de vous convaincre de le lire et ce, au plus vite malgré sa récente publication.

Une histoire dans la lignée de grands classiques

 

The Promised Nerverland (Yakusoku No Neverland en VO) est un shônen prépublié dans le Weekly Shônen Jump (Naruto, One Piece, Bleach) depuis août 2016, comportant à ce jour 3 volumes reliés. On doit la série à Demizu Posuka au dessin et à Shiraï Kaiu au scénario. Tous deux sont de parfaits inconnus, Posuka n’ayant fait qu’illustrer une série de 3 romans confidentiels intitulés Kirugumi (de 2013 à 2014).

Je reviendrai plus en détail sur l’histoire très sombre de ce manga, qui pourrait en surprendre quelques uns : qu’est-ce qu’une œuvre mettant en avant la mise à mort d’enfants, fait dans le Shônen JUMP ? Il est primordial de faire un petit point là-dessus : depuis très longtemps, des auteurs du JUMP s’adressent à un public plus adulte. Et on insiste encore un petit coup : je dis bien « Des auteurs » et non pas « Les auteurs », ce qui engloberait la totalité des mangakas ayant officiés dans ce glorieux hebdomadaire et ce n’est pas le cas.

 

C’est une partie de cache-cache ou bien… ?

 

Je vais limiter mes exemples au JUMP, mais comprenez bien que cela vaut aussi pour le Shônen Sunday (Detective Conan) ou le Shônen Magazine (Seven Deadly Sin)… Tous les magazines prépubliants du shônen sont concernés. Le magazine ne s’est jamais limité à Dragon Ball ou WingmanHokuto No Ken, Jojo’s Bizarre Adventure, D. Gray-Man, Death Note sont autant d’œuvres au contenu glauque ne visant pas qu’un public adolescent.

Par conséquent, ne soyez pas surpris de voir cette histoire figurant aux côtés de My Hero Academia ou de Boruto : il y a bien longtemps que les frontières de l’univers manga se sont effondrées, même si il existera toujours des mangas très stéréotypés.

Parfaite synthèse entre survie et bataille psychologique

 

Emma, Norman et Ray vivent tous ensemble dans un orphelinat (le Grace Filed House), où ils sont chouchoutés par « Mama », une none bienveillante. Tout se passe pour le mieux : la nourriture est de qualité, les espaces de jeux sont immenses et les enfants se considèrent tous comme faisant parti de la même famille… Le seul hic, c’est la batterie de tests mentalement épuisante à laquelle doivent se livrer l’ensemble des pensionnaires, une trentaine au total allant du nourrisson au préadolescent de 12 ans.

C’est le pays des rêves bleus, jusqu’à ce qu’Emma et Norman découvrent fortuitement qu’ils sont en fait conditionnés comme du bétail, avant d’être offerts aux démons lors de leurs « adoptions ». La rébellion s’organise et il faut songer à s’enfuir dans les meilleurs délais : le temps compte et les problématiques à résoudre ne manquent pas.

Que ce soit voulu ou non, l’auteur renvoi forcément à la condition des animaux dans les abattoirs, condamnés à nous servir gentiment de met. Cela donne à réfléchir, même si les animaux n’ont peut être pas autant conscience que nos héros du sort qui les attend. Et à ma connaissance, il s’agit de l’un des seuls mangas traitant de ce thème et c’est plutôt bien joué.

 

Une batterie de tests

 

Il y a de nombreuses inspirations piochées ça et là : la tenue vestimentaire, tout comme l’intelligence des principaux protagonistes ou encore le pensionnat regroupant quelques enfants surdoués  m’ont renvoyé à Death Note (souvenez-vous de Near et de ses origines communes avec Mello et L). La présence des démons et d’un monde hostile m’ont renvoyé à L’école emportée, où des enfants devaient soudainement faire preuve de jugeote face à l’inconnu.

Mais là où le récit fait preuve d’originalité, c’est dans son traitement : Mama s’avère toujours avoir une longueur d’avance, en dépit de leurs nombreux efforts.  De plus, il est bien plus facile de se mettre dans la peau des héros, qui ne sont que des enfants. Malgré leur intellect, ils restent effrayés devant la fatalité de leur destin.

Il faut tout de même reconnaître que 3 héros surdoués, cela tombe à point nommé pour déjouer le terrible plan de Mama… Mais il fallait bien un point de départ à cette histoire. Il est en revanche plus dommage que ces trois têtes pensantes soient des caricatures, Emma représentant la force de caractère, Norman la réflexion et Ray la prudence ; mais ces mêmes facilités exploitent aussi une grande richesse des diverses facettes de l’être humain, devant l’improbable.

Mise en scène, dessin et avenir ?

 

Shiraï Kaiu utilise des ficelles similaires à celle de Hunter x Hunter ou encore DN. Avant toute mise en place d’un plan, les protagonistes sont amenés à effectuer des échanges verbaux complexes, schématisant au mieux la solution la plus efficace ; il en est de même quand il s’agit de fournir une simple réponse face à une Mama suspicieuse. On a donc la sensation d’assister à une partie d’échec, ou chacun avance ses pions d’une manière attendue… Mais il n’en est rien.

Le scénariste est très doué dans l’utilisation des flashforward et flashback, n’hésitant pas à nous tromper, pauvres lecteurs, dans les conclusions que l’on pourrait tirer à la fin de certains chapitres. Il s’agit là du point fort majeur de ce shônen : depuis son démarrage, les rebondissements sont de plus en plus intenses et le chapitre suivant se fait terriblement languir.

Cependant, le but étant de s’échapper de l’orphelinat, The Promised Neverland va-t-il tenir sur la longueur ? Car une publication au sein du JUMP suppose tout de même que les auteurs n’ambitionnent pas d’arrêter tout de suite… personnellement, je ne l’espère pas car je crains que la série ne s’essouffle malgré les pistes à explorer : course poursuite en dehors des murs, organisation face aux démons, « coup d’état », rassemblement avec d’autres survivants…

 

Les démons

 

Concernant la mise en scène, elle est très équilibrée : pendant les passages posées, les cases sont très classiques, proches d’un agencement franco-belge. L’action se veut plus vivante, avec des planches qui prennent une page entière, ou scindées en deux afin de mieux découper l’action n cours. De même, on n’hésite pas à faire déborder un personnage de sa case initiale, pour donner un impact plus grand à son propos ou ses actions.

Le dessin se veut tout en rondeur, mais la présence d’enfant n y est pour rien puisque même les adultes se voient dotés de traits arrondis. Certains fonds sont travaillés, d’autre sont laissés tel quel au crayon. Ce n’est pas désagréable à l’œil car l’encrage fait que l’œil se focalise plutôt sur les personnages, mais j’espère que les volumes reliés sont plus travaillés à ce niveau là. Enfin, les jeux d’ombre et de lumière sont maîtrisés, contrastant parfaitement entre l’aspect léger du récit (les enfants, les jeux, la famille, le bonheur) et celui qui est totalement glauque (réunion des démons, inquiétude des héros).

The Promised Neverland s’offre un démarrage extrêmement prometteur et à ce jour, ne déçoit pas les attentes. Il ne reste plus qu’à espérer que les mangakas parviennent à faire venir à bon port leur histoire et les héros de ce survival, qui en ont sacrément bien besoin. Qui sait, si les tomes à venir ne me donnent pas tort, nous pourrons peut-être même voire ce shônen arriver chez nous. La série est à ce jour plutôt populaire, bénéficiant régulièrement de pages couleurs (un choix éditorial qui exlut la série du classement dans le JUMP, mais démontre tout le potentiel que voit en elle la Shueïsha) et a un classement très bon (2ème pour le chapitre 34 de début Avril).

 

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