Kingdom, l’histoire romancée de la Chine réunifiée

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© 2006 Yasuhisa Hara / SHUEISHA

 

La Chine est un pays source d’inspiration pour les mangakas. On ne compte plus les histoires tirées  des contes Chinois (Saiyuki, Hoshin l’investiture des dieux), celles qui partent d’un postulat historique réel pour flirter avec le fantastique (le nouvel Ongyo Onshi) ou encore celles qui n’en tirent que quelques éléments pour devenir un récit original (Dragon Ball). Kingdom, lui, tente de s’ancrer dans le réalisme en romançant l’ère de la réunification de la Chine, ce que nous allons analyser ensemble.

Les prémisses de la Chine

 

Kingdom est un seinen  historique de Yasuhisa Hara, sa première grande œuvre mais aussi la seule connue du grand public à ce jour. L’auteur a débuté son histoire en 2006 dans le Young JUMP et comptabilise 42 tomes pour 492 chapitres… pour le moment. On ne sait pas grand chose de ce mangaka discret, que ce soit sa carrière où les séries sur lesquelles il a pu collaborer. Le succès étant au rendez-vous, deux animes ont déjà vu le jour en 2012 adaptés par le studio Pierrot (Kingdom, 38 épisodes), puis en 2013 (Kingdom saison 2, 38 épisodes).

On suit l’ascension d’un jeune homme nommé Li Xin (prononcé Shin), dont le rêve qu’il partage en commun avec son meilleur ami Hyō, est de devenir un grand général de l’armée de Qin (un des 7 principaux royaumes de la Chine). Cependant, sa basse naissance et sa condition d’esclave ne lui permettent pas d’envisager cette fonction (notons que Shin ignore ce fait au début).

 

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© 2006 Yasuhisa Hara / SHUEISHA

 

Par un concours de circonstances, sa route croisera celle de Ei Seï, futur roi de Qin qui deviendra à terme Qin Shi Huang, le réunificateur de la Chine pendant la période des royaumes combattants (5ème sicèle avant JC à l’unification des royaumes chinois par la dynastie Qin en 221 avant JC) : Qin, Zhao, Weï, Chu, Han, Yan et Qi.

Les deux jeunes hommes vont donc devoir s’entraider afin de parvenir à leurs fins. Seï devra mener des batailles d’ordre politique à la cour afin d’acquérir toujours plus de pouvoirs, tandis que Shin devra faire ses preuves en remportant des guerres qui le feront monter en grade.

Ce point de départ n’est pas sans rappeler le seinen Sanctuary (1990): deux jeunes hommes empreintent  une voie différente, en route vers un rêve commun. Le manga propose donc de suivre deux épopées, offrant ainsi une progression des plus passionnantes à suivre.

Des guerres stratégiques pour Shin

 

Les deux personnages principaux exposent aux lecteurs des visions des choses et des luttes bien distinctes. Nous allons tout d’abord nous attarder sur Shin (qui est purement fictif), dont le point de vue est celui d’un soldat. Les arcs centrés sur lui sont l’occasion de découvrir des aspects très intéressants de la guerre en Chine.

On apprend par exemple qu’il existait  énormément de statuts : chef d’unité (1 chef et 4 fantassins), commandant de 100 soldats, commandant de 300, puis de 1000, de 2000, ect…) et que pour parvenir à ces paliers, il fallait accomplir des hauts faits, remarqués sur le champs de bataille.

 

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© 2006 Yasuhisa Hara / SHUEISHA

 

Cette augmentation en grade s’accompagnait d’une hausse du salaire (pouvant servir à se procurer une armure), de la création d’une petite cabane personnelle qui pouvait s’agrandir avec le temps pour le confort, ect…

Shin étant un fonceur plutôt bourrin (on le croirait tout droit sorti d’un shônen), il devra s’allier à des  têtes pensantes pouvant établir de solides stratégies : on se rendra en effet bien vite compte que toute la puissance de ses unités, sans bonne tactique, ne vaudra rien.

Les tactiques de chaque armée que rencontrera Shin sont d’ailleurs régulièrement détaillées, que ce soit avant ou pendant la bataille à l’occasion de flashback, ou bien durant un dialogue entre deux personnages (conseil de guerre), les rendant très réalistes.

L’enchaînement des affrontements ne donnent pas l’occasion à la série de développer beaucoup de protagonistes charismatiques : les simples soldats sont laissés pour compte et seuls les plus forts sont mis en avant… ce n’est d’ailleurs pas plus mal, car cela deviendrait narrativement confus : entre les généraux, les commandants, les 10 grands archers du pays, les stratégistes, les jeunes en devenir, on a déjà fort à faire.

 

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© 2006 Yasuhisa Hara / SHUEISHA

 

Le gros point fort de cette partie se situe évidemment dans les scènes de joute qui sont simplement épiques… Qu’il s’agisse de duel dont le dénouement est souvent incertain ou de combat à grande échelle, Kingdom est un régal pour les yeux. C’est sanglant, on voit les hommes tantôt horrifiés, tantôt emplies de colère devant la boucherie générale qui les entoure.

Le dessin est excellent et détaillé et s’améliore de tome en tome : ainsi, les défauts de proportions au niveau du visage (les yeux des personnes étaient souvent énormes) s’atténuent avec le temps. En revanche, la masse musculaire saillante et la surpuissance des généraux (on se croirait dans Dynasty Warrior par moment) est voulue, symbolisant leur claire supériorité. On notera aussi tout le dynamisme mis dans les planches, on s’y croirait presque !

…  et des complots à tout va pour Seï

 

Si la route est longue et parsemée d’embûches pour Shin, il en est tout autant dans le palais royal de Qin. Bâtard illégitime de l’ancien roi, l’arrivée sur le trône de Seï soulèvera bien des contestations et sera la source d’une grande division au sein des hautes sphères de cette dynastie.

Plusieurs factions se disputent le trône : il y a les partisans de Ryofui, au départ simple commerçant et aujourd’hui premier ministre du pays, le Harem, Kyou le demi-frère et les soutiens de Seï. En plus des conflits intrinsèques entre chaque royaume/Etat, Seï aura fort à faire entre les tentatives d’assassinat sur sa personne et les conflits internes de son propre gouvernement avant d’affirmer son rang.

 

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© 2006 Yasuhisa Hara / SHUEISHA

 

C’est donc l’occasion de découvrir le rôle des différents aspirants au règne et leur fonctionnement au sein de la hiérarchie royale. Ainsi, le harem s’avère ne pas être un simple bordel, il peut aussi être un atout stratégique pour forger de nouvelles alliances via les plaisirs de la chair, que convoitent les nobles.

Bien moins présent que les arcs de Shin (qui reste le personnage principal), la conquête de Seï est une agréable partie d’échecs où le plus fin l’emportera. On se demande bien comment ce dernier pourra sortir son épingle du jeu, à chaque fois. Pour ainsi dire, on se croirait presque dans Game Of Thrones… Mais en Chine et sans le côté fantastique.

Kingdom est un excellent seinen qui a cependant tendance à négliger ses personnages secondaires au profit de combattants charismatiques. Les scènes de batailles se font succéder par un jeu de pouvoir intéressant à suivre. Enfin, le dessin ne cesse de s’améliorer et l’évolution des héros est très plaisante à suivre. Probablement l’un des meilleurs seinen historique et actuel. J’espère vraiment qu’une publication Française verra le jour, en attendant vous devrez vous tourner vers le net et les scans.

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