Vagabond, un voyage sans fin vers un sommet illusoire

Logo_Vagabond

 

Mentionné dans un texte datant du 10ème siècle, le terme samouraï signifie « servir » (source : documentaire « Les Samouraï », par ARTE). Le siège d’Osaka par Tokugawa prendra fin en 1615, donnant toute son essor à cette caste: les guerriers devenus moins utiles en temps de paix troquent leurs armures contre le Kimono et se convertissent en gardien de la paix, tout en conservant le fameux code du Bushido. Vagabond place son histoire peu de temps avant cet avènement, après la fin de la bataille de Sekigahara (1600) et nous propose de découvrir le plus célèbre bretteur du Japon, Miyamoto Musashi.

Takehiko Inoue : Du Basket Ball au fil de la lame

 

Derrière Vagabond, il y a Takehiko Inoue, un artiste qui a commencé sa carrière avec un manga de Basket: Kaede Purple (1988) Passionné de dessin depuis l’enfance et de Basket depuis le lycée, il tente tout naturellement sa chance en liant ses deux passions et envoie son script à la Shûeisha. Il remporte alors le prix TEZUKA.

La fin de sa première série l’amènera à travailler au côté de Tsukasa Hôjo durant 10 mois, sur le cultissime shônen City Hunter (1985). Il collaborera ensuite avec le scénariste Kazuhiko Watanabe sur Chameleon Jail (1989), qui est un manga policier où le héros se sert de sa capacité à changer d’apparence afin de résoudre des enquêtes.

 

t

 

 

C’est finalement en 1990 que le mangaka explosera avec le spôkon Slam Dunk dans le Weekly Shônen JUMP (110 millions d’exemplaires vendus au Japon).  Il y reprendra d’ailleurs le personnage de Kaede Rukawa, qui avait fait sa première apparition dans Kaede Purple. L’évolution graphique de l’auteur est impressionnante de tome en tome, saisissante de réalisme.

Au terme de sa publication en 1996, le dessinateur ne s’arrête pas là et enchaîne avec une autre œuvre sur le Basket, plus délirante et avec une touche de science-fiction: Buzzer Beater. De façon plus anecdotique, il sortira plusieurs One-Shot tels que Akagasuki (1990), BabyFace (1992), Hang Time (1993), Pierced Earing (1998), Tokaimon (1999).

 

slam_dunk_v31_c275_140-141_1418107788

© 1993 by Takehiko Inoue and I.T. Planning, Inc. All rights reserved

 

1999 : Inoue n’est pas prêt à lâcher sa passion du ballon orange, il entame le seinen REAL qui a pour thème le Handi-basket. C’est un autre succès, bien que la parution soit plus espacée (13 tomes à ce jour), en raison de la publication au même moment de Vagabond dans le Morning, la série principale de l’auteur, qui tranche avec son passif.  Inoue souhaite désormais continuer sa carrière sur une histoire sombre, adaptée du roman Musashi (1935) de Eiji Yoshikawa.

Source: Paoru.fr

Vagabond, entre vacuité d’un but et errance d’un être

 

Takezo Shinmen n’est pas encore Miyamoto Musashi lorsque Vagabond débute : il vient de subir une cuisante défaite lors de la bataille de Sekigahara (1600) face au clan Tokugawa. Depuis toujours rejeté de son village et fils d’un samouraï renommé, le jeune homme à peine âgé de 17 ans veut devenir « le meilleur bretteur sous les cieux. »

Un objectif qui trouve ses origines dans la relation biaisée entre Takezo et son géniteur. Ce père qui nous est brièvement présenté comme un homme fier, intransigeant et sûr de lui, écrasant de sa présence le jeune Takezo. De là naîtra un sentiment d’infériorité chez le garçon, qui continuera de le hanter.

 

vagabond-3

VAGABOND © I.T.PLANNING Inc.

 

Sa forte personnalité en fait un sauvageon, une nature qui effraie son entourage et le poussera à tester sa force : pour se libérer de l’ombre de son paternel, mais aussi pour être reconnu par tous… en vain, car ses victoires successives n’auront pas tout à fait l’effet escompté.

Si la reconnaissance est bien au rendez-vous, son combat semble pourtant interminable: une fois au sommet, de nombreux prétendants chercheront à le désarçonner, l’entraînant dans un cercle sans fin fait de duels, de morts et de solitude : qu’à fait Takezo de sa vie ?

Sur son sillage, il laisse son grand amour Otsu, son premier disciple et ses adversaires vaincus. Son ultime confrontation avec les Yoshioka ne le laissera pas intact autant physiquement que moralement. C’est l’occasion pour le rônin de faire le point sur son existence qui n’a été que vacuité : que faire désormais ? La réponse est à lire dans le dernier arc paru en France.

De jolis dessins pour un sujet peu abordé

 

Deux choses m’ont interpellé dans Vagabond : la nouvelle technique du mangaka survenue au milieu de la série qui a préféré l’utilisation du pinceau au stylo. Le trait perd en rigidité, gagne en souplesse pour le plaisir de nos yeux déjà conquis depuis longtemps par ce dessin de plus en plus réaliste.

Narrativement, les doubles planches où le temps semblent comme ralenti (souvent vu dans Slam Dunk) sont toujours présentes et l’action d’un instant peut s’étendre sur plusieurs volumes : l’issue du combat entre Takezo et Denshichiro Yoshioka est rapidement connu du lecteur ; sa conclusion survient au moins 4 tomes plus tard.

Le deuxième point m’a encore plus surpris : on n’aborde que très peu les Samouraïs. Etonnant pour un manga où ces derniers sont légions… Mais il semble que Inoue préfère montrer l’homme derrière le sabre, plutôt que d’exhiber les différences qu’il existe entre les diverses classes, du simple rônin au maître d’école.

 

1e016a17841d783e3bb8af325cec44c3

VAGABOND © I.T.PLANNING Inc.

 

On s’attardera par exemple sur les états d’âme de Musashi, dont l’esprit s’égare pour tenter d’atteindre la sagesse des respectables Sekishusai Yagyu et  In’ei qui lui apparaissent sous forme de spectre, qui le guident. Quand l’histoire se centre sur le futur grand rival du héros, Kojirô Sasaki, on met en avant son rapport aux autres avec sa surdité et l’humanité de son père adoptif, Jisai Kanemaki.

Le public japonais connaît mieux que nous sa propre histoire et n’a pas besoin d’être informé sur ce point, ce qui peut expliquer l’absence d’explication, d’autant plus que ces personnages historiques sont sûrement étudiés à l’école. Cela reste cependant quelque peu regrettable pour les occidentaux que nous sommes.

Vagabond devrait trouver facilement une place dans vos étagères. Narrant l’histoire vraie d’une figure emblématique ancrée dans un Japon en pleine mouvance, on ne peut que plonger dans l’histoire passionnante de Musashi. Le dessin somptueux de Takehiko INOUE semble au sommet de son art tout au long des 37 volumes qui composent ce seinen toujours en cours.

2 réflexions sur “Vagabond, un voyage sans fin vers un sommet illusoire

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s