Hunter x Hunter : un shônen marginal

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Hunter × Hunter [2011] © 2011 TOGASHI Yoshihiro / VAP, Shueisha, Nippon Television Network [NTV], Madhouse Production

Il est aujourd’hui délicat de définir un manga par son type, tant les frontières semblent s’amoindrir entre ces derniers. Chi, une vie de chat (Konami KONATA), a tout d’un Kodomo avec ses traits ronds et la candeur de son sujet (public cible : les enfants) mais il est pourtant sérialisé dans le Weekly Morning et est un seinen (public cible : les adultes). Il existe cependant des œuvres qui restent ancrées dans leur style, tout en proposant un contenu tout à fait original. Nous allons étudier le cas de Hunter x Hunter de sa publication dans le Weekly Shônen Jump, jusqu’à ses adaptations animées et découvrir en quoi ce shônen parvient à se démarquer en dépit de sa contrainte éditoriale.

Un auteur intelligent et à succès, mais une publication délicate

 

Hunter x Hunter est un shônen de Yoshihiro Togashi, prépublié depuis 1998 dans le Weekdly Shônen JUMP. Il ne s’agit pas de la première publication de l’artiste au sein du célèbre hebdomadaire, puisqu’il a aussi publié Ōkami Nante Kowakunai!! (1989), Tende shōwaru kyūpiddo (1990), Yū Yū Hakusho (1990) et Level-E  (1995). L’homme se fera réellement un nom avec Yū Yū Hakusho qui sera souvent comparé comme une alternative au Dragon Ball de Toriyama.

Une comparaison justifiée par la profusion de combats épiques dans la série: coups de poings, pieds et projection d’énergie sont de mise. La présence de tournois et du monde des Yokaï pour l’univers et enfin certains personnages qui se ressemblent d’une œuvre à l’autre: le fils du roi Enma (au lieu de Enma lui-même pour Dragon Ball) ou encore Hieï dont le caractère fait irrémédiablement penser au prince des Saiyan.

Pourtant, on retrouve dans Yû Yû Hakusho des éléments intrinsèques au futur succès de sa prochaine œuvre: les prémices de l’utilisation de l’intelligence (dans le deuxième arc du manga avec  beaucoup d’aspects inattendus : Togashi joue beaucoup sur la surprise) et des héros qui partagent beaucoup de points communs, de la tenue vestimentaire (verte) à l’éducation (père en vadrouille et élevé par une femme).

 

© by Shueisha / Dybex/© by Pierrot / Dybex

© by Shueisha / Dybex/© by Pierrot / Dybex

 

Malgré un succès évident (le pilote de la série sort l’année de la publication du manga), les chapitres finissent par sortir à un rythme aléatoire, pour ne pas dire très fluctuant à partir du numéro 260. Si ce dernier sortira en février 2006, il faudra attendre octobre 2007 pour connaître la suite des aventures de Gon ! Un premier coup dur pour les fans mais aussi pour la revue.

D’autres hiatus suivront : de décembre 2007 à mars 2008, puis de Mai à Octobre 2008… Reprise en janvier 2010 puis nouvel arrêt temporaire en juin de la même année. Il faudra être patient jusqu’en août 2011, mais une pause surviendra en mars 2012… deux chapitres spéciaux sortiront en décembre 2012 pour la promotion du film Phantom Rouge qui sortait le mois suivant, en Janvier 2013. Le manga reprendra en Juin 2014 pour être de nouveau stoppé en en août 2014. Depuis le 18 Avril dernier, le manga a repris et on espère que cela durera. A titre de comparaison, Masashi Kishimoto a produit plus de chapitres en démarrant Naruto en 1999 et en l’arrêtant en 2014 avec 700 chapitres…

Ces Hiatus seraient liés à différentes raisons : l’éditeur indique que l’artiste souffre de problèmes de dos, Hisashi Eguchi (Osoruneki Kodomotachi) avouait être celui à blâmer car il avait conseillé au mangaka de se reposer, enfin beaucoup de librairies auraient menacé de retirer la série de leur étagère, contraignant Togashi à reprendre son manga. Ces arrêts n’empêchent pourtant pas la série de continuer, preuve s’il en est que le public est toujours au rendez-vous.

Des personnages aux multiples facettes

 

La force de Yoshihiro Togashi ne réside pas dans ses dessins qui sont épurés. C’est un fait, il semble que notre dessinateur soit feignant lorsqu’il s’agit de soigner ses fonds ou encore certaines scènes. Il semble de plus accorder une moindre importance à la trame ou encore au découpage, qui se limitent à un classicisme évident, même pour un néophyte. Les visages ne fourmillent pas de détails et certains protagonistes secondaires ressemblent à de simples bâtons.

Bien entendu s’il n’est pas le seul à faire cela (absence de fond dans les combats de Dragon Ball), il est  en revanche le seul à lésiner autant à tous les niveaux et c’est un point faible pour un shônen, dont le dessin est censé être attrayant. Bien que possédant son propre style, le mangaka semble se borner à en faire le moins possible. Pour autant, les chapitres disponibles en volumes reliés sont retravaillés et sont donc suffisamment corrects à la lecture.

On notera aussi les clins d’œil plus ou moins subtiles de la série : le duo Gon (le simplet) et Kirua (le malin) fait tout de suite penser à San Goten et Trunks de Dragon Ball, d’autant plus que la ressemblance physique est frappante (Gon est brun comme Goten et Kirua a les cheveux clairs comme Trunks dans l’anime de Dragon Ball Z). De même, Hisoka est clairement inspiré du grand méchant de Jojo’s Bizarre Adventure Dio Brando.

 

© Hunter X Hunter by Yoshihiro Togashi / SHUEISHA INC.

© Hunter X Hunter by Yoshihiro Togashi / SHUEISHA INC.

 

Ce sont les personnages qui font toute la saveur de Hunter x Hunter, héros comme antagonistes : la vision manichéenne du bien et du mal est ici brisée, puisque chaque intervenant dispose de sa propre logique, de sa propre justice et vision des choses. Il est de plus difficile de déterminer qui est le personnage central de l’histoire : on serait tenté de penser à Gon, cependant la plupart des « seconds couteaux » bénéficient d’un background tout aussi important que ce dernier, si ce n’est même plus important parfois (Kirua et Kurapika en tête).

Prenons l’exemple de Kurapika : il souhaite venger le Clan Kurata, qui avait la particularité physique de voir leurs yeux virés au rouge devant une vive émotion. La Brigade Fantôme a tué l’intégralité du clan et en a profité pour dérober leurs yeux. On pourrait donc classifier cette organisation comme étant criminelle et poser Kurapika en un martyr, dont la quête vengeresse est justifiée.

Or, il sera montré à plus d’une reprise que les membres de cette brigade sont très humains et capables d’un fort sens de la camaraderie, s’émouvant aux larmes pour la perte de l’un des leurs. On apprendra aussi qu’ils œuvrent pour le bien, trouvant leur intérêt partout. Peut-on encore les catégoriser comme étant de « simples méchants » ?

 

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Hunter × Hunter [2011] © 2011 TOGASHI Yoshihiro / VAP, Shueisha, Nippon Television Network [NTV], Madhouse Production

De même, Gon n’est jamais présenté comme quelqu’un de fondamentalement bon : il agit selon son instinct et sa nature. Dans l’arc des Kimera Ants, Mereolon lui  expliquera  s’être rapproché de lui car il lui semblait « inhumain » ! Atteignant ses limites émotionnelles dans ce même arc, il met en danger la vie d’une innocente, afin d’atteindre son but. Peut-on toujours dire que Gon est un « héros » ? De même, Kirua s’impose tout au long du manga comme étant la « conscience » de son ami : ironiquement, il est un ancien tueur !

La notion du bien et du mal est donc soumise au jugement du lecteur et le héros n’est plus là pour sauver la terre, mais pour poursuivre un but égoïste : le sien. Cela rend la série à la fois atypique (car le héros a en général un objectif plus « noble », comme sauver le monde) et décalé comparativement aux standards du JUMP.

Le Nen : tout un concept parmi tant d’autres

 

Chaque shônen dispose de son propre type d’énergie : dans Dragon Ball, c’est le Ki. Dans Jojo’s ce sont les Stands… Dans Hunter x Hunter, il s’agit du Nen qui ne sera introduit que tardivement dans le manga, durant l’arc de la Tour Céleste. Contrairement aux autres sources d’énergie, il se distingue par un apprentissage complexe, une approche logique et il en découle une utilisation bien précise pour chaque type de situation, pour qui saura le maîtriser à son paroxysme. Je vais tenter de vous illustrer tout cela en étant le plus concis possible.

Le Nen part du principe que chaque être vivant dispose d’une réserve naturelle d’aura plus ou moins grande mais aussi d’un talent propre à l’utiliser. Les 4 principes de base du Nen sont: Le ten (renforce le corps), Le zetsu (efface la présence et « soigne »), le Ren (augmente la puissance) et enfin le Hatsu (technique spéciale).

On peut déterminer le type d’aura via deux méthodes: la classique via l’utilisation d’un verre d’eau rempli à ras-bord avec une feuille au milieu. Si l’eau déborde, on est du renforcement, si le goût change, de la transformation et ainsi de suite… La seconde est dévoilée par Hisoka : il se base sur le caractère. Par exemple, les utilisateurs du type renforcement sont souvent naïf et simplet (Gon, Leorio) là où ceux de la matérialisation sont connus pour leur nervosité (Kurapika, Wolfin).

 

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© Hunter X Hunter by Yoshihiro Togashi / SHUEISHA INC.

Il existe au total 6 grandes catégories de capacité, aux qualités et défauts variés, s’opposants tels les 5 éléments. Le type renforcement  booste l’attaque et la défense (Gon et Netero). La transformation change l’aura (électrique pour Kirua, Caoutchouteuse pour Hisoka), l’émission projette l’aura (Franklin de la brigade fantôme), la matérialisation donne une forme précise à l’aura (une chaîne dans le cas de Kurapika), la manipulation offre un droit de contrôle sur les hommes/animaux (Sharnalk de la brigade fantôme) et enfin la spécialisation (capacité inclassable, comme le pouvoir de Kuroro Luciferu qui vole les techniques de Nen des autres utilisateurs).

 Le panel de possibilité s’élargi avec l’expérience de l’utilisateur : des techniques avancées comme le En (étend l’aura dans un certain rayon et  détecte les présences alentours) ou encore le Gyô (concentration de l’aura sur une partie du corps, souvent les yeux dans la série pour voir l’aura de l’adversaire) font leur apparition au fur et à mesure de l’histoire. Pour terminer, Il est possible de maximiser à 100% sa capacité innée et d’augmenter jusqu’à un certain point les voisines, tandis que d’autres seront hors de portée (un utilisateur du type renforcement pourra maîtriser l’émission à un certain pourcentage, mais aura beaucoup de mal avec la manipulation).

Si tout cela peut vous sembler alambiqué, sachez que certains arcs de la série sont particulièrement durs à appréhender. Durant l’arc de Greed Island, le mangaka n’hésitera pas à expliquer sur plusieurs pages les règles de ce « jeu » qui s’avèrent être très dense. De même, certains Hatsu sont souvent incompréhensibles malgré les explications de l’auteur (le Hakoware de Knuckle Bine). HxH ne prend pas ses lecteurs par la main, il faudra donc s’impliquer et faire un effort de compréhension pour s’immerger dans le récit.

L’anime de Hunter x Hunter : plutôt 1998 ou 2011 ?

 

C’est à l’occasion du Jump Super Anime Tour de 1998 que Hunter x Hunter a été présenté au travers d’un épisode pilote de très bonne facture au public, réalisé par Studio Pierro. D’une durée de 25 minutes, on nous introduit rapidement Gon, Kurapika et Leorio qui veulent a tout prix devenir des Hunters. Alors qu’ils se dirigent vers le lieu de l’examen, leur bateau est soudainement attaqué…

 

L’accueil positif fait à cette adaptation donne donc naissance en 1999 à une série de 62 épisodes, toujours réalisé par le Studio Pierro. La série se « termine » pendant l’arc de Yorshin City. La bande-son est excellente, l’animation est fluide et les combats sont relativement bien faits. De plus, l’anime suit parfaitement le manga tout en insufflant son propre style : les couleurs sont plutôt sombres, le chara-design n’est pas aussi enfantin que celui de Togashi.

 

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© by Pierrot / Dybex

 

3 série d’OAV ont ensuite suivies : Hunter x Hunter OVA (2002) conclut l’arc de York Shin City centré sur Kurapika. Il possède mon opening préfèré de toute la licence et est de même qualité que la série de 1999.  Nippon Animation reprend le flambeau de Studio Pierro à partir de cette série d’OAV en respectant le travail de son prédécesseur à tous les niveaux.  J’ai en revanche été très déçu par Hunter x Hunter :  Greed Island (2003) et Hunter x Hunter :  Greed Island Final (2004) où l’animation fait preuve d’une flagrante faiblesse. Les effets lumineux et 3D sont décevants. On reste de plus sur une fin ouverte, de quoi être frustré pour ceux qui se contentent de l’anime.

 

Il faudra attendre 2011 pour que la série signe son grand retour aux mains du studio Madhouse (Death Note, One Punch-Man) au travers d’un remake sobrement intitulé Hunter x Hunter 2011. Du long de ses 148 épisodes et de ses deux films (Phantom Blood  et The Last Mission tous deux sortis en 2013 et qui couvrent des aventures inédites intéressantes), la totalité des arcs étaient couvertes jusqu’en 2014 (tome 1 à 32 au lieu de 1 à 16 pour la précédente).

 

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Hunter × Hunter [2011] © 2011 TOGASHI Yoshihiro / VAP, Shueisha, Nippon Television Network [NTV], Madhouse Production

 

Même si la première adaptation est bonne, la seconde l’est encore plus : tout d’abord, l’arc de Greed Island est retravaillé et est doté d’une animation splendide. Le chara-design est cette fois-ci plus proche du manga et force est de constater que les moyens de Madhouse en 2011 ne sont pas les même que ceux du Studio Pierro en 1999 au vu de la quantité de séquences Sakuga. Tout est plus fluide, plus beau… même les OST sont meilleures grâce au travail de Yoshihisa Hirano (Death Note, FF 13). Notons tout de même que les deux adaptations s’en sortent admirablement bien lors des explications des différents concepts (examens Hunter, Nen, Grred Island).

 

Sous des dehors plutôt classiques, Hunter x Hunter est un shônen redoutablement intelligent, qui joue sur les multiples facettes de ses fascinants personnages. En dépit d’un dessin parfois peu soigné dans le manga, l’auteur se rattrape par la densité de son scénario et des concepts qu’il invente dans chaque arc. Je vous invite fortement à plonger dans l’aventure en vous jetant sur l’excellente adaptation de 2011, Hunter x Hunter est assurément l’un des meilleurs manga de sa génération même si il ne facilite pas la tâche aux lecteurs avec ses nombreuses explications.

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