Les jeux vidéo en manga sont-ils de vulgaires pompes à fric ?

 

 

Les éditeurs de manga les plus importants en France ont presque tous dans leur catalogue un jeu vidéo emblématique version papier.  On peut citer Soleil (Zelda et Suikoden), Kurokawa (Pokemon, Inazuma Eleven) ou encore Pika Edition (Kingdom Hearts). Après la réédition par Tonkam de « Dragon Quest, la quête de Daï » (renommé « Fly » chez Feu j’ai lu) c’est au tour de Ki-Oon de nous proposer « Emblem Of Roto », un autre segment tiré de cette légendaire saga. Ces adaptations sont-elles de vulgaires produits d’appel pour les éditeurs où bien recèlent-t-elles des qualités qui justifient leurs arrivées en France ?

 

Le manga, les animes et  les jeux vidéo : une histoire de famille

 

Avant toute chose, il est nécessaire de rappeler les conjectures qui font que ces trois pionniers du divertissement nippon sont liés. Pour cela, je vais me baser sur un shônen mondialement connu : Dragon Ball. Il est d’ailleurs le premier manga à avoir eu une adaptation vidéoludique sur Nes (Le secret du Dragon en 1986) ce qui lui rend hommage au passage, historiquement parlant car le jeu est juste à chier.

Si on contextualise, le jeu vidéo est un genre encore émergent dans les années 80, là où les mangas et les animes ont depuis bien longtemps apposé leurs lettres de noblesse avec des licences comme Gundam 0079 ou  Ashita No Joe. Bien que les jeux vidéo commencent tout juste à prendre de l’ampleur, pouvoir incarner son héros préféré et le contrôler sur sa console s’impose comme un argument marketing indéniable et qu’il faut exploiter.

C’est ainsi que l’anime de Dragon Ball est presque conjointement sorti en même temps que son adaptation tout en pixel sur Nes. Mais avant d’arriver à cette transposition du papier à l’anime, puis au jeu vidéo (voire l’inverse) il faut savoir que tout résulte d’un processus mercantile bien pensé. Suite au succès tonitruant de DB dans le Weekly Shônen JUMP entre 1984 et 1986, les propositions alléchantes fusent.

Un jeu dont la qualité ne fait aucun doute *Joke*

Une fois que le magazine a choisi le studio qui fera de Dragon Ball un anime (choix souvent  basé sur le plus offrant) il faut sélectionner la chaîne qui le diffusera. C’est encore une fois à qui en aura le plus dans les poches. Ce schéma s’applique pour tous les ayants droits dont ceux qui s’occupent des produits dérivés, tels que les figurines, les cartes, mais aussi les jeux vidéo.

De nos jours, les jeux vidéo ont aussi leurs propres licences phares : Mario, Zelda, Final Fantasy, Dragon Quest, Kingdom Hearts, ect… Les fans de ces jeux sont nombreux et représentent une forte valeur marchande, à l’instar des lecteurs de manga ou des fans d’animation (à mettre dans le même panier). Ce succès justifie donc aujourd’hui, tout du moins d’un point de vue financier, que les jeux vidéo soient exploités par cette industrie pécuniaire.

 

La question de l’adaptation

 

Comment faire pour adapter une aventure pouvant s’étaler sur des cinquantaines d’heures en moyenne, tout en respectant le genre si codifié du manga ou de l’animation ? Certains vont préférer récupérer des éléments du scénario de base pour en faire eux-mêmes une œuvre originale (Dragon Quest, la quête de Daï supervisé par le créateur de la saga) et d’autres vont se cantonner au copié/collé pur et simple (Tales Of Symphonia).

Ce que l’on constate, c’est que l’exercice s’avère bien souvent périlleux et offre un résultat aléatoire. Comment ne pas se souvenir de Final Fantasy Unlimited, stoppé à l’épisode 25 alors que TV Tokyo avait initialement commandé plus de 50 épisodes ? A l’inverse, Tales of The Abyss a parfaitement réussi sa reconversion à la télé. Où se situe la limite, qu’est-ce qu’une adaptation réussie ?

Il faut bien entendu faire preuve de concessions et savoir garder les éléments majeurs d’une œuvre, sans dénaturer ou desservir son propos.  C’est à ce niveau que le bât blesse, car certains titres, bien qu’ayant rencontrés un grand succès, ne sont devenus que de vulgaires ersatz de leur support d’origine. Il est maintenant temps de prendre un exemple et de tailler quelques vestes de Kokiri.

Une bouse que j’achèterai sûrement

Comment Nintendo a-t-il pu laisser Akira Himekawa autant détruire ce monument du A-RPG ? Ocarina Of Time bâclé en à peine deux tomes, pardon mais on se fout un peu de la gueule d’Hyrule là ? En même temps, comment peut-on adapter la visite de donjons, de villes, ect ? La mythologie de Zelda est bien trop vaste et ne peut pas être condensée dans un support papier.

C’est ce que l’on peut être amené à croire mais des exemples réussis existent : je citais plus haut Tales Of The Abyss, mais d’autres œuvres sortent leur épingle du jeu. Shiro Amano avec Kingdom Hearts tend à incorporer beaucoup d’humour  dans son récit, ce qui le rend plus léger sans qu’il n’ait à supprimer trop de points clés. Pokemon chez Kurokawa se veut proche du travail de Game Freak et cela se ressent qualitativement : l’histoire est bien moins enfantine que la version TV. Alors comment expliquer que de très mauvaises adaptations parviennent encore à franchir nos frontières ?

 

Le bon éditeur, le mauvais et ce pigeon de client

 

Si je chiais une merde bien dégueulasse mais que Akira Toriyama y signait un autographe, je suis sûr qu’il y aurait des cons pour me l’acheter. Malgré la faible qualité de certaines séries, les éditeurs savent qu’ils pourront compter sur leur pigeon de client. Zelda, c’est tout de suite vendeur ! Et c’est pareil pour Final Fantasy, Kingdom Hearts, Pokemon.

Sauf que la qualité n’est pas la même partout et bien que les éditeurs le savent, ils savent aussi qu’il y aura toujours des gens pour acheter. C’est ainsi que notre catalogue se retrouve affublé de nombreuses immondices et cela ne s’applique pas qu’au jeux vidéo adaptés en manga. Heureusement il existe des éditeurs qui ont des burnes et qui misent encore sur la qualité.

Kurokawa ose rééditer « Pokemon, la grande aventure » qui fut un échec commercial chez Glénat en 2000. Mais ils ont aussi osé continuer à publier Seishi Kishimoto, le frère du mangaka de Naruto, qui peine pourtant encore  à se défaire de l’ombre de ce dernier et souffre toujours de la comparaison de leur style graphique. La qualité, ça tient aussi à l’audace de croire.

Je ne jette pas la pierre aux éditeurs qui se contentent de sortir tous les mois des blockbusters, mais la conséquence c’est que l’on trouve des pompes à fric de plus en plus vulgaire qui bouchent l’entrée à des œuvres de qualité qui, à défaut de pouvoir trouver leur public en France, resteront confidentielles.

Il faut faire un choix : certains éditeurs mettent la clé sous la porte à cause d’erreurs de jugement ou de l’insuccès de bonnes séries (Kami Kami avec Aria). D’autres ne tentent même pas le pari et se contentent de leurs séries fétiches (Glénat/One Piece, Kana/Naruto). Les meilleurs réussissent à choisir de bonnes séries, de bonnes adaptations tout en vendant (Kurokawa/Pokemon, Ki-OON/Emblem Of Roto). Ne pas tomber dans le piège du cercle de la pompe à fric, c’est avant tout une question de jugeote : est-ce que  l’on achète une série pour son logo ou bien son contenu ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

11 réflexions sur “Les jeux vidéo en manga sont-ils de vulgaires pompes à fric ?

  1. Très bon article, comme d’hab, mais (en sortant un peu du sujet du jeu vidéo) je trouve « bien » que les éditeurs publient ce que tu appelles des pompes fric. Déjà parce qu’il y a un public et qu’il n’est pas forcément bouffeur de manga. Par exemple si les jeunes peuvent se mettre au manga grâce à Inazuma, tant mieux (je lisais bien les Pokemon quand j’avais une dizaine d’année). Bon la qualité est rarement là, mais bon, si des gens aiment l’anime de Persona 4 ou les mangas de Zelda, tant mieux pour eux. Après tout, tous les gouts sont dans la nature (moi j’ai détesté le manga sur KH par exemple). Et puis, et surtout, sortir des pompes à fric permet également de financer des mangas plus confidentiels. Pas sûr que Yotsuba paraisse encore si Inazuma, Resident Evil et Pokemon ne rapportaient pas d’importants bénéfices. Idem pour Kana, si Naruto leur permet de sortir Bonne nuit Punpun, Dans une recoin de ce monde et prochainement Sunny, je suis heureux 🙂 Enfin bref, je suis d’accord avec sur la qualité de la plupart de ces adaptations, mais je suis un peu plus nuancé sur leur intérêt.

    (Et Fly, c’est génial ! :D)

    • Merci pour ton commentaire Meloku, tu vois je n’avais pas du tout pensé à l’aspect introduction au manga pour les néophytes et la possibilité de sortir des œuvres plus confidentiels grâce à la rentabilité de ces adaptations.

  2. Il y a de bons mangas basés sur des JV. « Suikoden III » en était un. « Tales of Symphonia » chez Ki-oon était des plus sympathiques je trouve, tout comme « Breath of Fire IV ».

    Après pour des titres comme « Pokémon » ou « Inazuma », c’est différent puisque, à la base, ce sont des licences qui visent à être diffusées sur plusieurs médias. On ne peut plus vraiment parler d’adaptation, même si le support de base reste le JV.

    Oui, pour gagner de l’argent, mais c’est normal. « Pompe à fric », « pigeon », etc., mouais… Perso, je n’ai jamais aimé ces expressions. Si celui qui achète y trouve son compte, tant mieux. Que ça soit des adaptations de JV, d’animés, LN…

    • Tu as raison, cela reste une question de point de vue et le mien demeure assez acerbe. Je sais que je passe pour le vieux con moralisateur, mais cet article reste empreint de toute ma subjectivité. Merci pour ton avis ZGMF 😉

  3. personnellement, (et ce n’est que mon avis) j’ai trouvé les mangas de KH sympa, mais éloignés de l’univers des jeux, plus enfantins. mais bon là n’est pas le sujet de l’article.

    Très bon article, mais qui reste peut-être un peu trop en surface dirait-on. Mais l’idée est bonne. les termes employés sont assez cinglants, mais il ne semble pas que tu ai cherché à être spécialement objectif, donc ça va de ce coté là.
    (premier article que je commente, j’espère avoir été assez clair)

    • Merci pour ton avis très intéressant au passage ! En même temps il est difficile de creuser plus sur ce sujet, cela ne ferait qu’aboutir à un autre article sur le fonctionnement des éditeurs dans la globalité de leurs actions: comment on acquiert une série, pourquoi, qui sont les acteurs, comment on rentre en contact avec le client japonais, montrer que les négociations sont difficiles (les Jap sont durs en affaires), pourquoi les choix ne se basent pas que sur des séries objectivement bonnes mais aussi sur des produits d’appel, ect… On peut creuser mais j’ai préféré m’en tenir aux liens intrinsèques des manga, des animes et des jeux vidéo, pour finalement expliquer l’arrivée de ces adaptations de jeux vidéo chez nous. D’où cette impression de surface, mais je prends note !

  4. Cet article est bien écrit et pour notre plus grand plaisir ton style est bien là. De plus, l’idée du sujet est particulièrement bonne, je me suis littéralement jeté dessus. Cependant, comme je te l’ai déjà dit j’ai été un peu déçu et pour les mêmes raisons que « Visiteur », tu ne fais qu’effleurer le sujet.

    Tu énonces des faits et ton avis, en y apportant un constat sans y faire une analyse à proprement parlé. Du coup, je n’ai rien appris de ce que je sais déjà.

    Ce n’est pas un reproche, juste une critique subjective, finalement comme ton article ^^. Pour aller plus loin, j’aurais bien voulu des chiffres ou l’apport qu’on ses adaptations pour les éditeurs. Puis pourquoi pas une mise en contexte, dans le sens ou ses adaptations ont une certaine légitimité au Japon qu’elles n’ont pas en France.
    Je ne sais pas, je n’ai pas la réponse à la question, mais est-ce que ses adaptations sont-elles si bénéfiques, car au final elles s’adressent à une cible plutôt réduite, les fans et ceux qui lisent du manga (là je parle pour la France).

    Pour ma part, j’ai lu une adaptation de Monster Hunter, je l’ai trouvé plutôt moyenne en vérité. Ceci dit, n’étant pas joueur de ce jeu, je n’ai pas pu profiter pleinement de l’univers retranscrit alors que des fans du jeu m’ont dit que ce manga était vraiment bien et correspondait au jeu.
    Moi ce que j’en dit, tu enlèves le titre Monster Hunter du manga et il ne vaut plus grand chose, malheureusement.

    Il y en a des bonnes comme des mauvaise, toujours est-il que pour les apprécier, il faut certainement être tout d’abord un fan de l’oeuvre original.

    • J’oubliais, mais ça me refait penser à Blue Dragon dessiné par Takeshi Obata (pour rebondir avec ton article du journal du japon ^^). Cette adaptation a très largement réinterprété l’oeuvre originale, pour ma part c’était juste nul, mais ne connaissant pas Blue Dragon, je suis peut-être tout simplement passé à côté.
      Enfin pour ma part, c’était surtout le nom Obata qui a été mis en avant.
      Du coup ça pose aussi la question, que les noms d’auteurs sont également mis en avant pour nous vendre de la « merde », ou dirons-nous à destination des « fans ». Bref, on revient à la question de départ, pompe à fric ?

      En tout cas je répète, bon article, ça m’a bien fait réfléchir xD

    • Je vais te répondre la même chose qu’à visiteur ou presque: 1) il est difficile de creuser plus sur ce sujet, cela ne ferait qu’aboutir à un autre article sur le fonctionnement des éditeurs dans la globalité de leurs actions: comment on acquiert une série, pourquoi, qui sont les acteurs, comment on rentre en contact avec le client japonais, montrer que les négociations sont difficiles (les Jap sont durs en affaires), pourquoi les choix ne se basent pas que sur des séries objectivement bonnes mais aussi sur des produits d’appel, ect… On peut creuser mais j’ai préféré m’en tenir aux liens intrinsèques des manga, des animes et des jeux vidéo, pour finalement expliquer l’arrivée de ces adaptations de jeux vidéo chez nous.

      2) Ensuite, il est difficile d’obtenir des chiffres de sources sûrs. J’en ai des chiffres, mais ils ne proviennent pas des éditeurs même. Ca ne m’intéresse pas de prendre une fourchette, tant qu’à faire autant faire les choses à fond et ce n’est pas possible. Même les chiffres sur GFK, qui est probablement la source de base à ce niveau là, ne prend pas en compte avec autant de détails les chiffres sur les JV adaptés en manga. Il y a bien une analyse, mais elle ne se base que sur les sources dont je dispose, à défaut de graphique, chiffres, ect ect… Sinon cela aurait été fait.

      Merci pour ton avis Spiro !

  5. Très bon article, que je lis un peu tard, pardon 😉

    Pour ma part je ne me suis jamais posée la question sur le lien entre les jeux vidéos et leurs adaptations en manga. Je n’ai qu’un avis de lecteur/consommateur de ce fait, et si j’ai acheté le manga KH (à l’époque seulement disponible en anglais) c’est tout simplement par amour du jeu d’origine ^^
    Quel était le but de l’éditeur en question (Tokyo Pop je crois), ravir les fans par un médium différent du jeu vidéo ou bien lancer une occasion de leur piquer plus de pognon ? Je me plais à croire que c’est la première solution, même si je conçois que certains éditeurs font sans aucun doute de mauvais choix (Zelda comme tu l’as précisé, par exemple).

    A plus ! =)

  6. Bon article concernant les adaptations de jeux vidéos/manga.
    Tout est question de point de vue évidemment. Pour ma part, je lis d’abord le premier tome pour voir si j’accroche. Pour Kingdom Hearts,je le trouve sympa.
    Au sujet de Fly (Dragon Quest), à l’époque des tomes version « J’ai lu », j’ai adoré ce manga sans savoir l’existence du jeu.
    Pour Résident Evil (le dernier sorti par Kurokawa), j’ai beaucoup aimé le côté thriller sans tomber dans le cliché « on ne bute que les zombies ». Pourtant je n’ai jamais joué au jeu mais souvent j’ai regardé mes amis jouer.
    Tout dépend de l’histoire d’adaptation et du dessin.
    Les mangas Zelda et Pokemon ne m’ont jamais tenté. Prendre les fans pour pigeons ? parfois oui, avec, par exemple les jeux Dragon ball, mais bon si tout le monde trouve son compte…

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