[Critique Manga] Amer Beton

 

J’avais lu il y a quelques années un manga de sport aussi pictural qu’envoûtant… sur le Ping Pong. Ce manga en 5 tomes m’avait fait une si forte impression que je m’étais mis en tête de lire les autres œuvres de son auteur. L’occasion s’est présentée sur le tard dans une version intégrale de chez Tonkam, pour un peu moins de 30 €. Voici venir Amer Beton, un seinen de Tayô Matsumoto venu du Big Comic Spirit.

Opposition et complément

 

Publié initialement de 1993 à 1994, Amer Beton (ou Tekkon Kinkreet en VO) raconte l’histoire de deux enfants : Noiro et Blanko. Ils « règnent » sur la ville de Treasure Town/Takara où ils font la loi et se font surnommés « le gang des chats ». Lorsque des Yakuzas décident de s’emparer de leur territoire pour y ouvrir leurs commerces, nos héros se décident à nettoyer leurs rues de ces racailles.

Plusieurs thèmes se croisent intrinsèquement tout au long du récit : on peut citer l’enfance sans l’amour  parentale, la violence de la rue et son béton si froid, si rude…  le plus en avant étant celui de l’opposition/complémentarité. Tout commence par les noms des héros qui se suffisent à eux seuls pour expliquer ce contraste : d’un côté nous avons Blanko, de l’autre Noiro. L’un est aussi décalé que rêveur, fier de compter jusqu’à 10 et aussi insouciant qu’un enfant. L’autre est un froid cartésien, responsable et protecteur de son ami.

 

 

Cette opposition n’est cependant là que pour démontrer que Noiro et Blanko sont les deux faces d’une même médaille. L’un ne peut vivre sans l’autre, ils se complètent dans leurs différences qui les rendent indissociables. A l’instar du Yin et du Yang, la psyché de nos deux chats (surtout celle de Noiro en fait) est intimement liée à la compagnie de l’un ou de l’autre. Les séparer reviendrait à briser le mince équilibre psychologique de ces enfants de la rue.

Une rue hostile, mais une rue dans laquelle ils se sentent chez eux et où ils habitent. Cette contradiction est constamment renouvelée dans le récit avec d’autres figures amicales, ennemies ou paternalistes. La police y est étrangement dépeinte comme un élément neutre mais bon, impuissante face aux organisations criminelles locales. Noiro et Blanko ne peuvent compter que sur eux-mêmes  dans cette guerre des gangs ce qui rend leur relation si attachante et émouvante.

Un conte urbain ubuesque

 

Beaucoup d’éléments d’Amer Beton sont empruntés au genre du conte. Malgré lé décor très urbain du manga, des éléments fantastiques viennent au fur et à mesure se greffer au scénario. On peut par exemple citer l’instinct du vieux SDF et de Blanko, capable de sentir le « mal » qui pourrit la ville de Takara. Plus percutant mais pourtant moins frappant lorsque l’on lit beaucoup de manga : les capacités physiques des deux enfants.

 

 

Ils sont en effet capables de bondir de toit en toit et de se réceptionner à partir d’une hauteur impressionnante.  Il est bon de rappeler qu’aussi athlétiques soient-ils, des enfants capables de telles prouesses proviennent plutôt du genre  fantastique que du réalisme. La ville elle-même donne parfois l’impression de se mouvoir, avec ses bâtiments aux perspectives folles, son extravagance et son architecture loufoque.

Il faut dire que le déconcertant dessin de Taiyô Matsumoto participe énormément à cet aspect du titre. Loin des stéréotypes de ses confrères, l’encrage  du mangaka ne lésine pas sur le noir. Le découpage en horizontal déploie une débauche de plans cinématographiques à couper le souffle, nous offrant une expérience graphique inédite. En fait, Matsumoto a une approche plus européenne dans sa narration, se libérant des codes classiques du manga.

Ajoutons à cela des personnages secondaires plus charismatiques les uns que les autres. Nous avons droit au vieux SDF, plein de sagesse que cette ville technologique rejette. On suit aussi le rat,  vieux Yakuza moqueur et en dehors du temps suivi de son disciple Kumura, aussi frigide que violent. Toutes ces figures se confronteront inévitablement, leurs enjeux étant le même : la ville de Takara.  

Avec son style inimitable, son découpage cinématographique et ses personnages charismatiques, Amer Beton s’impose comme l’un des meilleurs manga des années 90. Son histoire met en relief une dualité que chaque être humain connaît : la part d’ombre et de lumière que chacun a en soi. Vivre en harmonie avec soi-même commence par l’acceptation de ces principes, ce qu’Amer Beton met en avant avec Brio. Je lui donne 10 chats sur 10 !

 

           / 10

 

 

2 réflexions sur “[Critique Manga] Amer Beton

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