[Critique Manga] Berserk

 

Manga culte dès sa parution en 1989, Berserk est l’incontestable référence de la Dark Fantasy du manga. Ce seinen ne comporte « que » 36 tomes et est toujours en cours de parution dans le magazine Young Animal. Il était temps que l’œuvre de Kentaro Miura ait droit à sa chronique sur Otakritik !

Introduction sanglante

 

La liste des qualificatifs existants pour vous faire comprendre la puissance de ce seinen ne manquent pas. Alors plutôt que de compliments, nous allons revenir sur la superbe narration des premiers tomes de cette fresque fantastique et les différents thèmes qu’elle aborde.

Les deux premiers volumes nous relatent les aventures de Guts, un « guerrier noir » borgne doté d’une épée gigantesque. Peu loquace et ravagé par la haine pour une raison que l’on ignore, il chasse des « apôtres ». Ces derniers sont des humains ayant passé un pacte avec les « God Hand » (des déités infernales venant d’une dimension labyrinthique) et dotés par conséquent d’une nature monstrueuse, qui les pousse à commettre les pires atrocités.

Au troisième volume, la croisade de Guts s’arrête brusquement pour nous offrir un flashback en 11 tomes. Cet excellent arc nous permet de suivre l’évolution de notre héros, de sa naissance  à sa rencontre avec la troupe du faucon, jusqu’au déclin de cette dernière. Rongé par le ressentiment, détruit psychologiquement et physiquement à cause de l’avidité de son ancien ami Griffith, il part au terme de cette partie qui fait le lien avec les premiers volumes en quête de vengeance.

 

Après avoir été défait par le chef de la troupe du faucon et contraint par son pari à rejoindre sa troupe, le guerrier noir va tisser des liens profonds avec ce dernier. Tout les oppose et les complète pourtant : Guts est l’instrument de guerre puissant et invincible de son armée, un bretteur d’exception plein de ressources. Griffith est un fin tacticien  charismatique qui s’attire les faveurs de la cour et use au mieux de son « pion » pour servir ses desseins.

Lorsque ce dernier s’en va malgré toute l’admiration qu’ils éprouvent l’un envers l’autre, à la recherche de son propre rêve, c’est l’effondrement psychologique pour le faucon blanc qui le paiera par ailleurs très cher.

Reprise de Berserk pour bientôt...

Torturé pendant toute une année et réduit à l’état de loque, il n’hésitera pas à sacrifier ses camarades pour obtenir un corps divin et se venger de celui qui l’a détourné de son rêve. Après annihilation de toute la troupe du faucon, Griffith violera Casca sous les yeux d’un Guts traumatisé.

Amour, haine, espoir, désespoir, pureté et noirceur… Tous ces sentiments se sont entremêlés en Griffith et Guts, l’un prédestiné à devenir le cinquième God Hand, Femto, l’autre condamné à le punir. Quant à Guts, son oeil crevé a capturé pour dernière image une Casca violée; il y perdra son bras et sera contraint de faire sa route en compagnie d’esprits que sa marque de « sacrifice » lui permet de voir et de ressentir.

On peut aussi voir en les démons la personnification des pêchés capitaux. Les créatures phalliques sont nombreuses (luxure), belliqueuses (colère), parfois cupides (apôtres/envie)… Quant à Guts, il est celui qui tente de maintenir la mince barrière qui existe entre le bien et le mal. Car s’il se bat contre les démons, Guts est avant tout au service de sa folie meurtrière et non de la justice.

Il lui est difficile de ne pas franchir cette limite, surtout quand on tient compte de son morbide passé. Son parcours de mercenaire a été jalonné par la mort, le viol et la trahison. Un cocktail corsé que le gentil et marrant Puck tente de canaliser avec plus ou moins de succès. Berserk s’avère donc être une œuvre particulièrement riche et complexe en bien des points et possède plusieurs degrés de lecture.

Des planches dantesques

 

Avec son quart de siècle, le seinen de Miura continue de recruter des lecteurs et de fidéliser les anciens. Pourtant, le rythme de parution entre chaque volume est très espacé : il faut compter environ un an avant la sortie d’un livre relié. Cette attente reste toutefois un gage de qualité de la part du mangaka, qui met ce temps à profit pour rendre son titre perfectible.

Le style s’améliore avec le temps, ce dernier accordant un soin particulier aux détails. De son propre aveu, Miura crayonne très rapidement ses dessins, mais il met en revanche un temps fou à les encrer : ne cherchez pas de raison particulière, il n’aime tout simplement pas cela.

Aversion compréhensible quand on se penche sur sa mise en scène, si riche. Si le scénario est extrêmement bon et mêle habilement différents genres (conte, fantastique, guerre, complexité de l’homme), son dessin à lui tout seul fait de Berserk un titre à découvrir.

Gustave Doré, la divine comédie de Dante

Les détails des scènes de batailles sont impressionnants, s’étalant sur des doubles pages, voire des pages entières sans dialogue. Ce qui rend ce manga aussi authentique, c’est justement ce niveau de qualité qu’il peaufine et repousse toujours plus loin.

Les scènes les plus crus sont montrées dans leur entier, qu’il s’agisse d’un champ de bataille aux sanglants combats ou encore de viols, de rituels sexuels, démonique, ect… La même attention est portée à l’aspect onirique et féerique de ce monument du seinen, ce qui le rend aussi resplendissant dans l’horreur que dans la beauté qu’il s’évertue à montrer à tour de rôle.

Est-il besoin de rappeler les différentes sources d’inspirations de Miura ? L’une d’entre elle a aussi inspiré un autre grand du manga, Go Nagaï. Il s’agit de l’artiste Gustave Doré, qui a lui-même pris pour source d’inspiration la divine comédie de Dante. Comment ne pas voir en la dimension parallèle une référence évidente à Relativity, une gravure sur bois de Escher ? Il en est de même pour l’architecture des châteaux et bien d’autres choses encore.

Relativity, Eischer

Berserk n’est pas qu’un manga de Dark Fantasy, il est avant tout une fresque d’heroïc Fantasy superbe, doté d’une histoire profonde, ou chaque protagonistes/antagonistes constitue un rouage clé de l’histoire. Son dessin et sa mise en scène sans égale en font sans contexte l’un des piliers de l’univers du manga.

9 réflexions sur “[Critique Manga] Berserk

  1. Excellent manga que j’ai eu l’occasion de dévorer il y a un ou deux ans… Il faudrait que je les trouve d’occasion, je suis sure que je peux faire une place à ces 36 tomes sur mon étagère ^^
    Les films relatant les 11 tomes du flash back valent le détour !

  2. L’anime vaut le détour à seul condition de ne pas avoir lu le manga je dirai, il sert à promouvoir ce dernier, c’est lui qui m’a donné envie d’acheter le manga pour enfin connaître la fin (bon du coup c’est toujours pas le cas… ^^ » ) puis les musiques déchires !

    Il fait clairement partie de mes mangas préférés et la plus part des mecs sont étonnés qu’une fille puisse apprécier, ok c’est très violent et très cru mais comment ne pas plonger dans cette univers et ces personnages si fournis qu’on les croirait réel ! On est profondément déchiré à la fin du flash back tant les personnages sont attachants (même si Casca a beaucoup perdu d’intérêt du à son état actuel j’espère que ça évoluera…) et les dessins se sont amélioré au même titre que le manga « Bastard!! » c’est dire !. Par contre, je trouve que l’histoire traînasse depuis un moment, on avance pas vraiment dans le scénario depuis quelque tomes et c’est dommage j’espère que les deux tomes de retard que j’ai vont me redonner de l’intérêt pour la suite car ce manga est si épique, ça serait dommage qu’il sombre sans fin sans savoir où aller.

  3. Berserk, l’un de mes premiers mangas à être arrivé sur mes étagères et certainement l’un de mes préférés pendant de longues années pour toutes les qualités évoquées dans ta critique que je partage.
    Cependant, aujourd’hui j’ai lâché le manga vers les tomes 33-35 (je ne sais plus), le temps d’attente trop long dans un premier temps et le virage important qu’à emprunté la trame scénaristique. Elle s’éloigne de la noirceur et de l’image d’anti-héro que l’on s’est faite de Guts. Ceci dit je pense que l’attente entre chaque tome y est pour beaucoup dans cette difficulté à suivre cette nouvelle direction. Je reprendrais la série quand il aura pris suffisamment d’avance et je jugerais à ce moment là si j’avais tord ou non.

    D’ailleurs, tout ça m’a redonné envie de m’y replonger.

    Par contre cette phrase n’est pas logique : »Cette attente reste toutefois un gage de qualité de la part du mangaka, qui met ce temps à profit pour rendre son titre perfectible. »
    Perfectible n’est pas un synonyme de parfait, bien au contraire.

  4. Pilier, c’est le mot. 1989, ca fait un bout de chemin, durant lequel ce manga n’a rien perdu de sa superbe. A lire et relire sans hésitation. Du grand art, aussi bien sur l’histoire que sur le dessin.

      • Eh oui je sais bien, c’est l’éternel dilemme du critique.
        Je pense qu’il suffirait juste de supprimer les 5 lignes qui racontent la chute de Griffith et son avènement en tant que nouveau dieu, et à la place insister sur le coté possessif et jusqu’au-boutiste du personnage.

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