[Critique Anime] Arrietty, le petit monde des chapardeurs

 

Voilà longtemps que je brûle d’envie de faire un article sur un Ghibli. Mon choix s’est arrêté sur « Arrietty, le petit monde des Chapardeurs ». Je ne l’ai pas choisi parce qu’il est la dernière mouture du studio japonais sortie chez nous, loin de là : je l’ai choisi parce qu’il est intéressant. Je ne vous cache pas que j’ai hésité entre « Nos voisins les Yamada » et un article généraliste sur la filmographie Ghibliesque, mais j’ai finalement opté pour celui-ci, alors allons-y !

La magie Ghibli

 

Je ne vais pas m’étaler sur l’historique de l’un des plus célèbres studios de l’histoire de la Japanimation, cependant, force est de constater qu’Arrietty est parvenu à capter par moment l’essence même de ce que je nommerai avec une grande subjectivité « la magie Ghibli ».

Mais qu’est-ce que la magie Ghibli selon moi ? Et bien dans un premier temps, il s’agit, en partant d’une base très simple, de créer une histoire onirique et épurée. Hayao Miyazaki, à l’inverse de son confrère Isao Takahata, réutilise la plupart du temps la même mécanique dans la construction de ses récits. On a donc droit à la traditionnelle rencontre entre un jeune homme et une jeune fille, un rythme à la fois épique et apaisant, ect. Le charme opère à tous les coups, la patte Ghibli fait son effet et on se laisse tous gentiment avoir.

 

 

Les Ghibli font souvent échos au gosse qui est encore enfoui en nous, ils l’invitent à remplacer l’adulte responsable que nous sommes (hélas) devenus et il se laisse emporter par le côté merveilleux de ces œuvres. Soulignons que le travail de Joe Hisaichi à la BO joue un rôle essentiel dans l’immersion de ces bijoux d’animation.

Bref, passons au troisième point : le message subliminal. Quelques films osent tenter le pari d’insérer des idées que les adultes auront la possibilité de déchiffrer pendant la durée de l’œuvre. On se souvient évidemment du médiatique «Princesse Mononoké», mais aussi de «Pompoko» et du moins connu «Nausicaa de la Vallée du vent». Pour ces 3 longs métrages, le message sous-jacent reste le même : l’écologie

“Karigurashi no Arrietty”, Hiromasa Yonebayashi

 

Quand on se souvient du dernier projet en date où Miyazaki avait passé les commandes à son fils, on prend un peu peur. Non pas que «Les contes de Terremer» était mauvais, cependant il n’était pas doté du même gage de qualité que la plupart des films Ghibli.

En remontant plus loin que «Les contes de Terremer», on se rend compte que des réalisateurs autres que Miyazaki ou Takahata ont participé à l’image de marque du studio ; je pense notamment au sympathique «Le royaume des chats» ou au superbe «Si tu tends l’oreille» du regretté Yoshifumi Kondō, pressenti à l’époque comme le digne successeur de Miyazaki. «Les contes de Terremer» s’inscrit donc comme une petite faute de parcours, accueilli avec des avis mitigés partout dans le monde.

 

 

Maintenant, la question que vous attendiez tous : Arrietty est-il un Ghibli de meilleure facture que celui de Goro Miyazaki ? S’approche-il du talent de ses aînés qui s’en sont sortis sans les pères fondateurs du studio derrière eux ? A mon sens, oui. La réalisation est impeccable et le scénario dépossédé de lourdeurs (signé ici par Hayao Miyazazaki) est suivi au pied de la lettre, c’est parfait.

 

MAIS ! Car oui, il y a un MAIS…

 

Si le travail de Yonebayashi est admirable pour un premier passage à la réalisation, il y a encore matière à s’améliorer.

Yonebayashi fait passer sans aucune pincette le même message que dans «Pompoko» ou «Nausicaa de la vallée du vent». Là où ses prédécesseurs ont su faire preuve de subtilités dans leurs propos, le bât blesse pour «Arrietty» qui est trop brut de décoffrage.

La scène où se passe cette terrible preuve de maladresse reste pourtant l’un des moments les plus féeriques de cette dernière mouture Ghibli. La verdure éclatante, le petit ruisseau au loin, ce ciel bleu clair, cette musique enivrante et en parfaite adéquation avec la nature, la déception est vite rattrapée par ce passage exemplaire et typique de la « magie » du célèbre studio.

Autre mauvais point, la grande «méchante» de l’histoire qui est insipide. On aurait pu espérer mieux, le studio japonais a toujours su fournir un boulot remarquable concernant le background de ses antagonistes… Ici, ce n’est pas du tout le cas.

 

 

Dernière chose, si la rencontre entre un jeune homme et une jeune fille est bien présente, elle aurait gagné à être plus recherchée. Oui, Shô est touchant, mais il aurait mérité un rôle un peu moins effacé, moins fade, moins éteint, même si j’imagine que sa maladie a fait que les producteurs ont préféré le mettre en retrait. A contrario, il n’est pas gênant de ne pas trop en savoir sur le passé des Chapardeurs, on aurait traîné en longueur et Arrietty est très bien développée ainsi.

Les 90 mn de la pellicule se déroulent dans une maison de campagne, mais cette dernière, du point de vue de la petite famille de l’héroïne, nous apparaît comme un monde à la fois hostile et enchanteur, garni de décors somptueux, là ou il reste banal pour la famille humaine qui l’occupe. Comme dit plus haut, certaines scènes sont de véritables réussites : le premier chapardage d’Arrietty sera, à n’en pas douter, une scène culte dans les années à venir, en particulier le moment de « l’ascenseur ».

Doit-on s’insurger contre ces fausses notes ? Non bien sûr, il ne faut pas blâmer ce premier essai de Yonebayashi qui s’en tire plutôt bien au final.

Joe Hisaichi, remplacé par une Frenchy

 

Après de nombreuses collaborations avec le père fondateur du studio, Joe Hisaichi laisse cette fois-ci sa place à Cécile Corbel. A la base, la jeune femme envoie son album à Ghibli pour les remercier de l’énorme source d’inspiration qu’elle a puisé dans leurs films. A mon avis, elle voulait tenter sa chance… Dans tous les cas, le fait est que Karigurashi no Arrietty est en production à l’époque et l’équipe du film cherche un compositeur. C’est chose faite avec l’arrivée du CD de Corbel.

 

 

Il y avait bien sûr de quoi inquiéter les aficionados Ghibliens : après avoir appris que Miyazaki laissait encore une fois sa place à un débutant dans la réalisation, la prod confiait désormais la création de la BO à une française venue de nulle part ! Joe Hisaichi est tout de même l’un des 10 plus grands compositeurs sur terre, l’échanger contre une française s’apparentait presque à de l’hérésie

Mais que nenni, la BO du film est une petite tuerie, la french touch n’enlève rien au film, au contraire, les morceaux à forte connotation bretonne collent parfaitement à l’histoire. Le succès est au rendez-vous, je pense même que l’on peut dire que cette compositrice va ouvrir la voie à d’autres musiciens occidentaux.

En bref

 

Arrietty est le premier bébé de Hiromasa Yonebayashi, il est donc maladroit dans les messages qu’il cherche à véhiculer, et peine par moment à égaler ses aînés. Il est néanmoins doté d’une réalisation impeccable et demeure empreint de l’essence même d’un bon Ghibli. Il lui manque ce petit rien pour devenir un incontournable du studio. Arrietty, le petit monde des chapardeurs reste malgré tout un premier essai réussi, un diamant brut qu’il aurait fallu polir un peu plus.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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